De la pratique à la théorie, par Ralambo

Bientôt Madagascar célébrera, semble-t-il, le demi-siècle de son indépendance politique. Ce sera l’occasion pour quelques uns de participer à des festivités, aux attroupements et rassemblements autour de whisky frelatés et d’autres alcools artisanaux de mauvaise qualité.
Mais là n’est pas le propos.
Depuis cinquante ans, la plupart des dirigeants des trois Républiques n’ont jamais été préparés d’une manière académique, encore moins politique de ce qu’est la déontologie gouvernementale. Tous ceux qui se prétendaient politiciens n’y ont été propulsés que par leurs relations fonctionnelles, leur soif de pouvoir, leur fierté locale, familiale, ethnique voire tribale. Tout au long de ce dernier quart du siècle, des « élus et désignés » utilisaient le pays pour s’octroyer des prises illégales d’intérêts. Ils s’occupaient de leur terre électorale sans compétence avérée. Cependant auprès de leurs électeurs ils se sont montrés maîtres de la situation. Tout est faussé et le plus malheureux dans l’histoire était le panégyrique inconscient du peuple dans leurs pérégrinations ministérielles. Leurs espaces politiques se cantonnaient aux divers règlements de comptes de tous ordres : étaient-ils conscients de la signification fonctionnelle de leurs attributions ? Là est la question.
Ceux qui les ont succédés depuis n’ont guère montré ni un pragmatisme politique ni des signes probants de changement évolutif : la problématique identitaire reste la même : perpétuer les anciennes pratiques sans rupture avec le passé, aucun plan de relance en terre électorale, se préoccuper de son côté narcissique, couver son atavisme grégaire. De ce qui est de la politique politicienne, rien ne montre une certaine capacité intellectuelle à diriger le pays. La Constitution, le devoir de compétence, les phases de réalité politique, la justice sociale : ce sont des sujets à mettre en veille. D’abord se cramponner au fauteuil présidentiel ou ministériel. Chaque postulant cherche à poser son pion : la bonne gouvernance, l’intérêt majeur du peuple ? « On » verra après.
Une fois arrivé au pouvoir, chacun pilote son ministère au prorata de ses complaisances: il s’interroge par quel bout commencer, il sait d’où il vient, mais ne sait pas où il va ; par contre il ne perd pas le nord quand il s’agit de suivre les traces de ses émoluments et accessoires y afférents. Des groupes de réflexion, des séminaires, des stages voient le jour de-ci delà ; des essais par ci, des tâtonnements par là : concéder des sparings partenaires extérieurs, faire appel aux conseillers étrangers, s’entourer des combattants de carrière sans aucune expérience politique mais bénis d’une totale liberté, faire croire aux électeurs qu’il exerce consciencieusement ses attributions…et tant d’autres astuces et mascarades.
Et pourtant la solitude habitée le hante, il s’enferme dans ses erreurs de trajectoires. Il est dans ce qu’on appelle en temps de guerre : le brouillard de l’incertitude. Ces apprentis politiciens sombrent dans le brouillard, naviguent dans l’incertitude ; c’est le calme trompeur ou encore le silence assassin.

Nos dirigeants n’ont pratiquement effleuré ni la culture de l’excellence ni la culture du développement personnel, le multi culturisme n’est pas leur fort. Leur vision de l’avenir se limite dans les fonds de leurs poches, de leurs comptes en banque. La plupart en sont des orateurs médiocres dépourvus des actions rationnelles.
Tout quidam peut distinguer parmi eux le « spin doctors » ; plus clairement les retournements d’alliances afin de s’incruster d’un parti à l’autre, et ce non pour mieux servir le pays mais aux fins de s’enraciner chez les vieux retors. Ainsi voit-on nos « politiciens imbus de leurs arcanes» se vanter inamovibles de par la volonté du peuple !
Pourquoi après soixante ans de colonisation, quelques années de « communautarisme à la française » cinquante ans d’indépendance et trois républiques successives, Madagascar n’en est qu’à ce stade d’instabilité politique ? Il n’est pas difficile d’analyser la situation : les intellectuels malagasy croyaient en la sagesse de leurs élus. Ils se sont trompés et déçus. Pourquoi donc ne se sont-ils pas manifestés autrement ? Apparemment la carrière politique de cette trempe ne les tentait pas et quoi qu’on dise, le diplôme n’engendre pas nécessairement la compétence. Que sont devenues les élites d’antan ? Elles ont déjà donné sans trop de résultat positif. Que réserve l’avenir pour les générations futures? Au vu et au su de ce qui se trame actuellement, rien ne présage de bon augure pour elles. Les gouvernants de ce dernier quart du siècle ne leur ont pratiquement préparé des parcours de bien-être social, aucune éducation de base adéquate, aucun enseignement civique. Pour elles, l’avenir a un horizon bien sombre ; seule issue probable serait de vivre au jour le jour, pratiquer le système scout : savoir se débrouiller quand on est mal pris. Tout ceci résulte de l’inconscience de nos gouvernants. Leur profession de foi se résume en trois points : impressionner, intimider et jeter le peuple dans la confusion.
Ainsi va la carrière politique de nos différents dirigeants, ils n’ont jamais appris à gouverner la Nation, ils n’ont aucune formation préalable, ils ignorent ce qu’est le laboratoire politique. Naviguer à vue est leur méthodologie quotidienne. Pour eux la pratique triomphe la théorie, et c’est là la plus grande carence de nos chers politiciens qui n’en sont pas pour autant. Il est temps que l’Institut moral et politique de Madagascar s’occupe de leurs cas.

Ralambo.

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2 réponses à “De la pratique à la théorie, par Ralambo

  1. La « vermine politicienne » est responsable de l’état actuel des choses à Mada. Bien conscient qu’ils ne servent à rien, il s’évertue à ELIMINER tous ceux qui veulent changer (en bien) le pays.

  2. Dans ce malheureux Pays, on a tout essayé : En 1960 , on a eu un Instituteur. En 1972, un brillant Officier Général( 1er St Cyrien malgache) avec une brochette de d’excellents sujets aux CV impressionnants(Pr de Médecine, Naval, Veto, tec…), et on a vu le résultat . Je passe sur la double decennie du Brillant Amiral avec son staff bardé de diplomes .Avec le résultat que l’on connait . Et puis ,ce fut le tour du Paysan Laitier . Et maintenant, un DJ qui se sert de Mada comme danceflour! Mais demain, qui allons-nous designer ? Un faiseur de miracles? Un Expert du PNUD disait de Mada que l’Ile ressemble à une superble rolls royce dont on a perdu les clés du démarreur depuis logtemps ! A méditer

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