La démocratie du désordre, par Ralambo

Les Grecs ont inventé l’Agora pour permettre à tout citoyen de s’informer de ce qu’est la vie de la communauté, et d’apporter sa voix sur un pouvoir de décision. L’idéalisme démagogique « place de la démocratie » d’Antananarivo, pompeusement inaugurée serait-elle l’hérésie de l’Agora ? Cela plaît-il aux autorités actuelles de baptiser ainsi ce coin de restriction, alors qu’aucune voix citoyenne ne puisse s’y exprimer librement sans la présence effective des forces militaires armées jusqu’aux dents et des polices politiques aidées des infiltrés ? Les autorisations de manifester sur les places publiques se donnent en compte-gouttes, selon la tête du client, sous prétexte d’un éventuel ordre public, lequel ordre n’a plus d’aucun sens civique mais plutôt créant un sentiment d’inutilité sociale. Cette esplanade mériterait l’appellation de « guillotine de la liberté »pour justifier une nouvelle définition de la démocratie prônée par quelques têtes brûlées. Cela refléterait mieux son interstice tangente avec la ligne directrice de la politique éphémère des élites autoproclamées qui prêchent tous de la démocratie sans savoir sa signification, encore moins son application. Le revirement de dernière minute d’un représentant officiel pour réaffecter l’aire d’Ambohijatovo en « Site de loisirs et culturel » n’est que simple retour de la nature à sa vocation initiale, car de tout temps, cet espace a toujours été destiné à ces genres d’activités où la masse populaire se délectait des « Hiragasy » et des kermesses populaires, où les familles s’y prélassaient après les offices dominicaux.

Croyant incarner l’innovation du marketing politique à leur image, les autodestructeurs confondent vitesse et précipitation en imposant des réunions, des colloques, des assemblées générales, des ateliers et des conciliabules d’ici de là. Les conclusions hâtives et les thèses controversées par toutes entités compétentes ont été déballées publiquement. Pointer encore plus les aberrations abyssales de l’invraisemblable tonitruante proposition constitutionnelle de la IV° République apporterait de l’eau aux moulins des critiques émérites ; par conséquent, l’ignorer vaut mieux que d’en parler. Seuls, pertinemment, ceux qui tiennent la barre exposent à hue et à dia leur autosatisfaction. Que tous les actes étaient les fruits des décisions extrêmement et entièrement démocratiques. Ces démarches auxquelles des « Sages du pays »en faisaient partie, sembleraient s’apparenter aux méthodes controversées des « Protocoles de Sion dites Protocoles des Sages de Sion ». Comprenne qui pourra !

Par ordre et volonté des maîtres-censeurs, les professionnels de la presse et des médias audiovisuels n’effleurent qu’une minime infinité de liberté d’action, comme si cette Institution « normalement indépendante » n’a d’aucune retombée formative aux besoins du public. Néanmoins, tout reporter ayant relaté des faits à sensation forte entachés des actes de banditisme, des filouteries, de barbarisme des quatre coins de l’Ile, peut s’honorer des actions d’envergure des forces de l’ordre qui, de près ou de loin, font démonstrations de leurs atouts policiers sans se fier à l’éthique juridique. Furtivement, avec la bénédiction des gouvernants transitoires, les tabloïds et émissions audiovisuelles portant préjudice aux adversaires du régime en place sont vivement encouragés, quitte à soutirer quelques enveloppes couvrant des notes de frais non justifiées. La diversification de la petite presse judicieusement localisée est approuvée en haut lieu, faisant croire à un semblant liberté d’expression, or les contenus y afférents font allégeance évidente quelque part. En terme d‘oppositions purement politiques, il va sans dire que les kyrielles des microcosmes formations ne s’attribuent d’aucune règle de conduite supplantant leur crédibilité.

Avec les ribambelles des officiers généraux et des hauts gradés, le regard vers l’axe du champ militaire porte sur des manquements aux spécificités des disciplines et règlements dont la neutralité, l’indépendance totale, l’apolitisme, les valeurs morales. L’absence de commandement, la perte d’autorité, l’intrusion du pouvoir politique ne font qu’attiser des conflits dormants, s’interposant mutuellement en guerres de positions. Ainsi chacun des Corps et régiments s’exhale à volonté. Oubliant le fondement essentiel de sa mission et de sa raison d’être, la « grande muette » se dévoile plus bavarde qu’une pie. Le questionnement sur son existence officielle au sein de la République malagasy, dans les conditions structurelles actuelles, suscite des commentaires non négligés au sein de la société malagasy et des observateurs internationaux. Ces dissensions militaires, jadis rarement, pour ne pas dire jamais, étalées sur la place publique, méritent expressément l’ouverture d’un « Livre blanc ». Se faire croire « démocrate » fait partie des refrains quotidiens des politiciens porteurs d’espoir au peuple aspirant à la justice sociale et à l’ordre judiciaire équité. Certains prétendent s’en acquérir par un simple coup de baguette magique en se prévalant d’une pleine accréditation nationale sans preuve de volontarisme politique, alors qu’Ils ne sont que des délégués désignés d’une minuscule partie des électeurs imbus d’un sentiment subjectif d’appartenance communautaire ou culturelle. A tout homme politique, l’apprentissage, la connaissance, la discipline et l’expérience sont des liants nécessaires mais loin d’être suffisants pour avoir une certaine légitimité politique d’un démocrate encore moins d’un politique intègre. Y accéder est un long chemin académique que tout individu impatient de tenir en main un pouvoir quelconque risque de se détruire manifestement de ses ambitions personnelles. Un acquiescement de reconnaissance démocratique populaire résulte des approches des citoyens aux multitudes appartenances nationales, des réponses positives répondant à leurs attentes sociales, économiques, culturelles avant toutes tendances ou orientations idéologiques et politiques. Tout le savoir-faire et surtout le pouvoir-faire dépendent de la performance intellectuelle des politiciens, démocrates ou non, à exercer avec une transparence évidente à la vie publique, à faire participer les Nationaux en tant qu’acteurs dans une démocratie participative. L’esprit de la démocratie est encore loin de chez la plupart des politiciens malagasy qui en font une carrière professionnelle et ceux qui, dès le début de leurs mandats électifs semblent atteindre déjà leurs seuils d’incompétence. Où ont-ils puisé leurs pré-requis voire leurs parchemins ? De leurs fiefs inexpugnables et de manière pastorale, ils prônent insidieusement du bout de lèvre la réconciliation nationale.

L’amalgame des genres n’est tout de même pas permis, mais parmi eux, des politiciens opportunistes viscéralement corrompus, inféodés aux pourvoyeurs de bakchichs, hautains, vilipendent du haut de leur « moi idéal » la démocratie. Démocratie que tout citoyen tant soit peu avide de liberté souhaiterait ne pas galvauder. Or les prétendants aux suffrages universels dont l’amnésie antérograde habite la plupart d’entre eux, ne cessent de démontrer leur ignorance des idées politiques renfermées dans leurs handicaps. Des hommes idéels de leur familialisme, de leur culture de violences verbales, de leurs énormes carences en pragmatisme politique s’orientent sournoisement vers l’oligarchie.

Leurs handicaps mériteraient des volumes entiers. Il suffit de relever leurs mensonges, leurs démagogies ; constater leur déficit de confiance envers la population, noter les exhibitions de leur concupiscence, détecter leur haine extériorisant des vieilles blessures non cicatrisées du temps passé entraînant la déchirure de l’ensemble du tissu social.

Poursuivant les analyses des pratiques réformistes actuels et aux constats de la totale destruction du corps social, chaque citoyen, sans être ès-sciences politiques, peut mesurer les différentes phases des dégâts de la réalité démocratique à Madagascar. Les faits font tomber les masques de ses dirigeants : le degré de leur incompatibilité et de leur incompétence aux postes boudés démontrent à quel point la tragédie du conflit actuel mène le pays vers le gouffre économique et social sans précédent. La fierté nationale ne vaut que ce qui se vit actuellement. Par le hasard des choses des bakchis gagnent du terrain, la corruption règne dans tous les services publics à commencer par quelques Institutions connues de leur haute honorabilité.

Au point où en est le pays, il est difficile aux Malagasy de faire confiance à une gouvernance noyée dans des situations obérées de déficit de confiance, de crédibilité, d’instinct génésique politicienne imprégné de son propre moral. Il est difficile aux Malagasy de soigner des processus dégénératifs mentaux des mandarins malades de leurs arthroses politiques. Il serait encore plus complexe de leur demander d’avouer leurs erreurs, leur faire expiation de leurs errements institutionnels.

La résolution des problématiques de Madagascar se trouve dans la volonté politique de ses dirigeants consignée dans une Constitution forte, indépendante, stable, respectée et respectueuse du bien-être du peuple malagasy.

«… le pouvoir n’appartient pas aux élus mais au peuple ! » lançait le Président OBAMA Barack au soir du 03 Novembre 2010.

Démocratie, démocratie… Il n’est pas jusqu’aux zébus et aux lémuriens qui ne s’en mêlent ! C’est pourquoi, faute de mieux, les Malagasy subissent la démocratie du désordre.

 

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